lundi 26 août 2013

Un troisième article paru sur le site "Rue du Théâtre"


Le maître et les disciples

Lié à la biographie, réelle ou fantasmée, de trois danseurs, ce spectacle est à la fois celui du souvenir, de l’évolution, du passage de savoir entre générations.

Sur le plateau, une aire en bois. Entre Fujio. Il entreprend un rituel gestuel. Avant qu’il ait terminé, surgit Colin qui présente un rituel différent. Enfin s’installe Elsa qui observe les deux comparses. Les mots viendront compléter le travail corporel. C’est ainsi que vont s’esquisser des fragments biographiques éclairant les liens qui unissent le trio.
Fujio s’est installé à Bruxelles. Il est devenu le mime de la grand-mère d’un des deux autres. Tous se sont retrouvés dans le même immeuble. Tous se sont croisés, connus. Quand Colin est né, puis Elsa, la filière de travail a pris forme. Le maître a enseigné son savoir aux générations qui l’ont suivi.
Aujourd’hui le maître et le disciple se concertent, se complètent et le jeune en vient à aider son aîné. Puis à entrer en compétition, à le dépasser, voire à le vaincre. Cependant, le formateur aura sa revanche avec élégance. Vincent et Elsa sont de la filiation hip-hop. Ceux-deux-là font la paire et créent leur propre ballet avec leur propre langage.
Ce qui n’empêche pas le tiercé uni par de subtiles variations inventives de modifier l’espace avec les planches de l’aire de jeu originelle. Le plateau se module. Les bois deviennent bruitages pour évoquer la mer, les flots, les marées. Ils deviennent lieu mystérieux, cabane fantaisiste, sculpture à fragile équilibre.
Des tensions naissent qui se résolvent. Des complémentarités se révèlent qui se métamorphosent. Se construit une beauté mouvante, éphémère comme l’énigme des relations entre des êtres qui communient tout en gardant leur identité. C’est une métaphore de la vie. Des chemins qui convergent. Des routes qui divergent. Un présent fragilement serein se nourrit de la force unique de s’être fréquentés et appréciés, d’avoir créé ensemble.
Demeurent désormais les repères de trois existences.
Michel Voiturier, Rue du Théâtre, jeudi 22 août 2013.

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